À cœur ouvert
Cher inconnu, j’ai peine...
* * *
Cher inconnu, j’ai peine
À ne pas vous aimer,
Alors que vous êtes plus beau que jamais...
De taille moyenne,
Frêle, agile, aux traits fins,
Sur ma main, gentil frère, vous posez votre main.
Le vent caresse
Vos cheveux roux et bouclés...
Doux ami, ma chère âme, mon miel et mon lait, -
Vos yeux ne cessent
Pas toujours de me troubler,
Ce regard noisette, si facile à s’en rappeler...
Je vous admire,
Ouvrant tout grand mes yeux:
Votre sourire est clair, lumineux...
Et vous chantez, pour comble,
Jouez de la guitare...
Et j’oublie toutes les paroles que pour vous je prépare.
Ce soir est triste comme les branches d’un saule...
* * *
Ce soir est triste comme les branches d’un saule;
Le ciel est dessiné d’un crayon feutre
Violine foncé. Deux pigeons blancs y volent:
Ils s’aiment toute leur vie, et l’un mourrait sans l’autre.
Je ne suis qu’une enfant, mon cœur se crève.
Des larmes chaudes coulent sur mes joues et tombent.
Mon unique, tendrement aimé, m’amour, mon rêve;
Je regrette de ne pas être colombe:
Si tu voulais, que je te serais fidèle!..
Elle s’affaiblit, cette chaîne qui nous rive:
Tu me portais dans tes bras, tu me trouvais belle, -
Et maintenant, c’est douleur que je vive!
Viens, petit pâtre, donne-moi ta main...
* * *
Viens, petit pâtre, donne-moi ta main...
(Qu'elle est chaude, mon soleil, que tes doigts sont forts!..)
Veux-tu bien savoir qu'il est, ce page serein,
Condamné à t'aimer dans la vie, dans la mort?
Son devoir est: ne te point quitter.
(Et nous redeviendrons amis de coeur,
Et l'on ne pourra mieux trouver au monde;
Ce sera comme une prairie pleine de fleurs
Ou bien comme une aurore dorant les ondes...)
Aurais-je su mieux le chanter?!
Cette douce blessure est un poème;
Encore une fois, je baise tes yeux limpides.
Et voilà comment je t'aime:
Comme Jonathan aimait le roi David.
Dans tes yeux céleste...
* * *
Dans tes yeux céleste
Il y a des furoles...
Mon âme sans cesse
Imprègnent tes paroles.
Ta beauté béate
Rend mon cœur si doux...
Idée délicate, - j’en connais un bout.
Le torrent de la pluie en dehors...
* * *
Le torrent de la pluie en dehors
Et celui de tes mots troublés
Le torrent de mes cheveux mouillés
Le torrent de l'amour dans mon coeur...
C'est que la joie et la souffrance
Vivent souvent côte à côte ils s'aiment
C'est que l'amour est aussi un martyre je pense
Un martyre clair, béat par lui-même...
Sortons de la grotte...
* * *
Sortons de la grotte...
Le vent nous effleure;
La petite nacelle flotte,
Et j'y suis rameur.
Je n'ai qu'une seule rame
Pour y naviguer
(Et rien qu'une seule âme,
Pour te la donner…)
Haut est le ciel dans cette nuit...
* * *
Haut est le ciel dans cette nuit; À chaque pas, les étoiles. Monte un escalier à vis: Il est chaud comme un poêle De la lueur des étoiles.
On pourrait nommer bêtise...
* * *
On pourrait nommer bêtise
D’une enfant, la chaude foi
Que les rêves se réalisent,
Quand on les oublie déjà…-
Qu’en savez-vous, sages graves,
À bon droit de la juger,
Toute plongée dans ses nues suaves,
Seule sous l’arc, qui l’attendait? –
Car, peut-être, sous ces voûtes, -
Comme un pèlerin tardé
Par la poussiéreuse route, -
Son amour venait songer…
Je lui dirai: «Varlet...»
* * *
Je lui dirai: «Varlet,
Je t’ai volé un gant:Je le cachais sur mon sein,
sous mon coussin…
Le voilà, je te le rends
Avec ton amour feint!..» –
Il n’est pas venu. Mon cœur bat la chamade:
Si ce n’est pas sa faute?.. S’il est malade?..
Je suis transpercée par l’épine d’une rose…
* * *
Je suis transpercée par l’épine d’une rose…-
Une lettre?! Je ne te l’écrirai jamais!
(Mais sur ma table, il y a quelque chose
De tout rongé et de tout chiffonné…)
Trouvez-moi donc mon bien-aimé, ô les étoiles,
Au nom des biches des champs et des chamois!…
Voilà: je t’aime. Je l’avoue sans voiles,
Et je ne m’en désaffectionnerai pas.
Agenouillée sur l’appui d’une fenêtre...
* * *
Agenouillée sur l’appui
d’une fenêtre,
Je rêve de toi pendant des nuits.
Je veux être
Dans un tel endroit
Où nous serons seuls toi et moi:
Je cacherais mon visage dans le bouquet de fleurs,
Et tu ne comprendras pas si je ris ou je pleure;
Et tu rechaufferas ma main dans tes mains…
(Ô mon chevalier fidèle, es-tu le mien?!)
La nuit de suie
A étendu ses manches, –
Dans cet étui,
La lune est blanche.
Le ciel est scintillant,
Et les cristaux de neige
Tombent en tourbilonnant
En ronde de sortilège.
Moineau, coi et doux...
* * *
Moineau, coi et doux,
Endormi entre mes mains,
Le vent souffle parmi les houx…
Je vais t’emmener demain
Dans une steppe vaste et séchée,
Où tu ne me quitterais. –
Dans un monde imaginé
Où nous ne serons jamais…
Nous sommes Noël maintenant....
* * *
Nous sommes Noël maintenant. -
Les saules sont sveltes et asticieux,
Leurs branches sont coiffées du blanc.
Si solennels et silencieux,
Les arbres jouent dans un spectacle! -
Un cristail, frêle comme un miracle,
Se pose, sans fondre, sur mes cils…
Moi, je glisse sur la glace polie
Et je murmure: - Seigneur, merci
Pour ce cadeau d’hiver
que Tu m’as offert
Le jour de Ton anniversaire…
Noël russe
Sur la glace, partout on glisse.
Tous les châles et les pelisses
Sont couverts d'étoiles uniques
Qui descendent sur les toits. -
Ce qu'il neige à l'avalanche,
Et cette neige blanche, blanche,
Comme un oiseau magique,
Plane et chante, à mi-voix...
Et cette nappe, belle sans bornes,
Successivement se transforme
En une parole qui caresse
Et dans l'âme retentit:
Une musique calme, tendre
Nous est proche à l'entendre,-
Ô Seigneur de ma jeunesse,
Que le monde est bénit
Par ce don de neige blanche
Qui raffine toutes les branches!..
Les nuages font eux-mêmes la tonte
De leur toison embaumée.
Les flocons de neige tombent,
Doux et purs tels des colombes...
«Maintenant on est en conte»,
Disent les arbres enchantés.
De la neige fraîche...
* * *
De la neige fraîche,
Cette semoule moelleuse,
Volette comme des phalènes autour de la veilleuse.
Un soleil trop chaud
Ses troupes désarme,-
Il ne lui reste plus rien que fondre en larmes.
Mais ce duel doux
Où les victoires alternent
Anime le monde terrestre trop terne... -
Les cristaux de neige
Au vent se riment:
Son Altesse le Frimas la gêne frime.
C’est l’heure où tintent...
* * *
“C’est l’heure exquise...” (Paul Verlaine)
C’est l’heure où tintent
Les pas de l’hiver,
L’arôme qui suinte
À travers l’air,
La suave complainte…
L’instant de l’attente
Est si tendu,
Que l’ancienne sente
Nous est rendue, -
Les anges en chantent…
Et rien n’étanche
Le tourment doux.
Le givre s’épanche,
Étend partout
Sa dentelle blanche..
L’enfance radieuse
Seule est qui l’oublie,-
Si mélodieuse
Que soit cette sonnerie,
L’heure est songeuse…
Hivernal
Noël serein et attendri
Attend, patient, que vienne son heure.
Tombe, la neige, voltige, effleure,
Avec ton pinceau aplanis
L’image rugueuse où les rumeurs
Impondérables, rebelles plient
À la légère mélancolie…
Fine est cette couche sur la ville:
Elle fond, respire, s’amollissant,
Note la mélodie du vent,
Et le trésor des rêves fragiles
Ne frémit plus; et les mobiles
Kyrielles de danseuses en blanc
Ornent le tableau odorant…
Le square de la rue Villeneuve
Moi je vais cueillir une fleurette champêtre
Pour décrire ce parc avec sa tige fine:
Il y a un joli square à Clichy. Par la fenêtre
On voit comment des marionnettes malignes
Sur les pistes sablées s’amusent et jouent. –
La réalité s’y enlace avec le mystère:
Des statues pensives s’y donnent des rendez-vous
Et de nouveau se figent, à la lumiere.
Il y a un petit étang où les canards plongent.
Et le soir, quand monte au ciel une lune pâle,
Pour prendre un bain, une nymphe s’y allonge,
Et les ailes des pigeons lui servent de voile.
Sur l’arbuste, des roses rouges ne cessent de naître,
Telles des flammes écarlates entourées d’épines…
Moi je vais cueillir une fleurette champêtre,
Pour dépeindre ce parc avec sa tige fine.
Paris
Ville dansante, légère et frêle,
Éclatante, belle comme le jour,
Pleine de parcs et de chapelles,
De fontaines, de musées, de tours, -
Pour cette ville, mon cœur est de cire:
Épris d'amour ardent, il fond...
On oublie parfois de dire
Que Paris c’est une ville des ponts:
L'un est décoré de chevaux d'or,
L'autre, d'Henri Quatre tout vert.
Ce roi garde, galant encore,
La maison où naquit Molière… -
C'est bien là que nos rêves reviennent,
Où le son de la viole retentit,
Où la Muse, la petite comédienne,
Nous incite à la poésie...
Sacré-Cœur
L’orgue emportait nos âmes en flux,
Se lamentait, - l’on écoutait
Le chœur des religieuses chanter
«Le Seigneur est lumière et salut»...
La butte ornée par la coupole,
Couverte de narcisses délicieux, -
O mon Sacré-Cœur blanc, tes yeux
Sont des colombes qui s’envolent!..
Je n’oublierai jamais ces lieux. –
Ma chère petite sœur Christine-Marie,
Que votre ange tutélaire prie
Avec le mien, en cieux...
Le Petit Prince
Inattendu, du ciel doucement il tombe
Et dans un an, du même désert s’envole;
Et deux étoiles, comme deux colombes,
Reposent sur ses épaules.
Si vous le voyez, n’est-ce pas vous m’écrirez?-
Il me manque tant, et je suis las d’attendre!
Des cheveux soyeux, dorés, couleur de blé
Et un cœur pur et infiniment tendre…
Pour son bonheur, il dit qu’il suffira
Un petit dessin du peintre malhabile;
Son épée à la main, il défendra
La rose qu’il aime, une fleur fière et fragile...
Vous pourriez dire, bien sûr, que je délire,
Mais son étoile natale luit comme un cierge;
Le ciel nocturne rit, tinte et respire…
Seuls les enfants savent ce qu’ils cherchent.
Afanassiy Fete «Une sérénade»
La soirée s’éteint, toute douce,
Aux montagnes qu’elle dore;
L’air torride des soupirs pousse…
Dors, petite que j’adore.
Les rossignols chantent en quintes,
La nuit vient d’éclore
Et les cordes timides tintent,-
Dors, petite que j’adore.
Les yeux fixés séraphiques
Qui scintillent sans clore
Au souffle de la nuit pacifique, -
Dors, petite que j’adore.
Sergueï Yessénine «La rivière et la pelouse...»
La rivière et la pelouse
Veillent pendant cette nuit obscure,
L’éclair mousseux ôte ses douze
Ceintures coulantes qui fulgurent.
Le bouleau du tertre pleure
À suif que la lune argente…
“Quand sortiras-tu, mon cœur?”
Le joueur de gusli chante.
Belle enfant, t’es si bien faite,
Je n’en détache pas mes yeux.
L’on danse à perdre la tête, -
Et j’arrache ton voile crayeux…
Je t’emmenerai sous les pentes
Au bois vert, au manoir sombre.
Les herbes douces feront ta mante -
Jusqu’a ce que l’aube rose rompt l’ombre.
Nikolaï Minski «Le calme»
La mer est en quiétude. Au loin et tout près d’elle,
Toute discorde oubliée devant l’obscurité,
L’onde aérienne et le désert des eaux dorées
Songent dans l’étreinte sans bornes, et leur rêve bleu les mêle.
Leur réconciliation est douce telle une amie, -
Pour que la côte se laisse vaincre par la paix céleste
Et les roches se figent au-dessus du fond, modestes
Comme l’écho des paroles tristes et qui chantent l’oubli…
Cette flamme dans le lointain est une étoile brillante;
Mais, separee de nous par l’océan de l’air,
Elle n’est qu’une lueur timide pour cette dormeuse la terre,
Peut-être entourée d’une tempête incessante:
Un signe du déclin – ou le scintillement rose,
Un silence lumineux dans l’obscurité close.
Dimitri Tchougounov «Suivre les dernières alleés de l’an...»
Suivre les dernières alleés de l’an
Et, en regardant par l’automne, sourire,
Et remuer les feuilles mortes en rêvant,
Croire en couleurs, bonheur et étoiles, tant
Ne se tromper plus jamais du délire.
Ne languir qu’un peu, aux rêves rayonnants,
Quitter les campements connus, descendre
Une fois au parc où voir en deux étangs
L’eau en dentelle merveilleuse dormant, -
Clair est le monde, féminins sont les arbres…
Dimitri Tchougounov «Dehors c’est l’aube – l’obscurité lilàs...»
* * *
Dehors c’est l’aube – l’obscurité lilàs,
La nuit entière recouvre les sourcils.
C’était bien triste – car l’amour s’en alla, -
De contempler le branchage en répit.
Elle est partie… et sur les marches trempées
Des feuilles glissaient, cueillies pendant cette nuit,
Mon génie tendre et doux s’en est allé,
La mystérieuse fille du répit…
Dimitri Tchougounov «Tiré des trouvères oubliés»
Ô mon faucon véloce, j’attends
Que tu reviennes à moi;
Quand resterons-nous à deux, quand,
Pour la peine ou la joie? -
Quand, enfin, seuls nous resterons, -
Le chant secret nous chanterons
Et derechef je m’approcherai,
Souriant comme autrefois.
Ô mon faucon véloce, longtemps
Tu n’as pas vu d’amis;
Toi, le cœur pur, tu prêtes serment,
T’esquives au bruit des pluies.
Toi, le cœur pur, tu prêtes serment,
Le bouclier noir tu prends.
Plus tristes que les murmures des jours
Sont les souffrances d’amour…
Dimitri Tchougounov «Yaroslavna»
Soudainement, les cloches se tairent
Et de la jeune fille, au vieux châle et frêle,
Les dernières larmes en glaçon tombèrent. -
Au coucher du soleil elle revint chez elle.
Tout était comme nouveau: la voie qu’elle connaissait,
Les herbes et les arbres, la coutume de prier.
Elle allait comme craignant de respirer,
Pour ne pas clamer en un oiseau blessé...
Il était doux, serein et calme, ce jour,
Les bien-aimés étant engouffrés par la terre. -
C’était elle seulement qui priait toujours,
Tout en se souvenant des terres étrangères...
Dimitri Tchougounov «Le printemps, vainquant la séparation...»
* * *
Le printemps, vainquant la séparation,
Tout inéspéré en ce février,
Entrait chez nous sans frapper et riait,-
Telle une jeune fille. - De même, nous riions.
Ainsi un oiseau à son aile porte
L’inspiration et la tendresse innée.-
Et l’étoile sans déclin étincelait
Dans chaque goutte de glace qui fondait,
Et l’étendue bruyante ouvrait ses portes...
Comme une fille, - c’est l’amour qu’il attendait,
En cachant son attente candidement.
Le vent chaud est son souffle odorant,
Mais le jour fond, essaie de l’attraper!
La neige recouvre la nuit... Ah, gamine!
Allons donc! c’est pas elle qui domine.
Dimitri Tchougounov «Des riens, il ne valait rien dire...»
* * *
Des riens, il ne valait rien dire, -
Je les croyais mystères du monde,
Et tes yeux étaient pleins de rire
Comme l’écho des rêves dont abonde
Un logis vide. Un certain air
Reliait par l’angle de la vitre
Les jours et les distances, à titre
Hors des paroles et hors d’horaire.
Dimitri Tchougounov «Comme c’est étrange d’avoir trouvé...»
* * *
Comme c’est étrange d’avoir trouvé
Tout d’un coup la fin de la semaine,
Voir l’entrée d’obscurité
Au même rang des maisons quittées...
Et nous en sommes pour notre peine,
Nous deux, de n’avoir dit ou fait
Ce qu’il faut. Des flocons volettent
En plein mai; le souffle est coupé,
Tout dort, le temps est déplacé,
Une nuit pareille, mon ouïe seule guette...
Dimitri Tchougounov «Aldali»
Telles des larmes à une petite fille d’Italie,
Des arbres soupirants tombaient des feuilles molles, -
Mais était-elle d’Espagne? Possible qu’elle fût Espagnole,
La merveille aux yeux foncés appelée Aldali.
Frênes et érables en son collier se balancent…
Feuilles, dans un grand collier inutile de vous réunir;
Les larmes à la petite Aldali n’embellissent le sourire,
Cette Aldali aux boucles audacieuses, aux dents blanches.
Les sculptures dans les eaux pensives se reflètent.
L’été était tombé dans la brume du jardin d’or,
Plein d’étoiles filantes et d’obscurité sonore…
Aldali allait, non! courait aux allées écarlates.
Dans un parc froid et gris, les jours s’envolaient.
Clac-clac-clac – piétinaient les petits pieds légers et rapides.
Sur des pistes mouillées, sur des pistes molles et humides
Aldali jouait en allant dans les tristes allées…
Морис Карем «Странный месяц апрель»
Вчера лил ливень, как из ведра;
Снег выпал позавчера;
Сегодня дождик грибной с утра,
А завтра смешаются град,
Туман со снежной крупой и ветер…
Апрель – самый странный месяц на свете.
Морис Карем «Ты - хлеба теплота и сладость...»
Ты - хлеба теплота и сладость,
Моей недели день воскресный;
Навеки линией судьбы
Ты на руке моей осталась;
Ты моя скорбь, ты моя радость,
Ты цвет мой, аромат и песня,
И сердцу жизнь приносишь ты,
Струясь по жилам током алым.
Морис Карем «Мягкая погода»
День мягок, уютен, нежен,
И нет ни души на пляже.
Колени склонило небо
У самой кромки пейзажа.
И море, огромное море,
Что гальку ласкает волнами,
Приблизилось к нам сегодня,
Играет, как девочка, с нами.
Как бумажные змеи, взлетают,
Распластав белоснежные крылья,
Медлительных чаек стаи.
А дюна книгу раскрыла,
И время страницы листает…
И ночь о свиданьи забыла.
Луиза де Вильморен «Улетело…»
Круглое солнце спать ложилось
И отблеск на столе зажгло…
Мелькнуло ворона крыло, -
Клюв ножниц поглотил светило…
Но где же ворон? – Улетел он.
Я села шить, - моя игла
Из рук к магниту ускользает.
В кегли на площади играют
Франты, оставив все дела…
Но где же милый? – Улетел он.
Доверила я сердце вору, -
А тот, кто сердцу был столь мил,
Своим обетам изменил
И был таков, - как с сыром ворон…
Но где же счастье? – Улетело…
Виктор Гюго «Пора посева. Вечер»
В момент заката и покоя
Из-под портала я взирал,
Как жаркий свет, струясь рекою,
В вечернем небе догорал.
Усталый час труда последний
Земли, омытой тьмой ночной:
Пригоршнями старик в отрепьях
Бросает в борозды зерно.
И силуэт высокий, чёрный
Царит средь вспаханных полей,
И дней полезных бег проворный
Мне открывается ясней.
Он ходит по полям бескрайним
И вдаль бросает семена…-
Свидетель таинства случайный,
Безмолвно им любуюсь я.
Тень словно крылья простирает;
И тьма, что шелестит, как лес,
До самых звёзд распространяет
Его величественный жест.
Виктор Гюго «Родник»
Жил лев у родника, куда, гонимый жаждой,
Спешил с небес орёл. -
И славных двух царей пути Творец однажды
К ключу тому привёл.
Друг другу равные по смелости и силе,
Соперники во всём,
Узнав друг друга, в бой они тотчас вступили -
И пали оба в нём.
Ликующий орёл сказал, паря над ними,
Когда погас их день:
- Вселенная была мала для вас; а ныне
Вы сами – только тень!
И кости юных, тех, кого превозносили,
За краткий станут срок
Лишь грудою камней, - и кто бы различил их
В пыли больших дорог?
Безумные! К чему ведёт жестокость эта, -
Не к гибели ль во зле?
А мы со львом живём одни, вдали от света,
Но мирно на земле.
Из одного ключа мы утоляем жажду.
Он – царь, и царь я сам:
Над красотой земли его оставив стражем,
Храню я небеса.
Виктор Гюго «Охотник-Ночь»
О путник, кто ты? Тьма густая,
И воронов летают стаи,
И каплет дождь…
- Тот, кому тень покровом стала, -
Охотник-Ночь!
Взметённых вихрем шелест листьев -
Зловещий знак
Ночного шабаша нечистых,
Дурного сна… -
И над поляной в шлейфе мглистом
Взошла луна.
Скачи в лес пашнею взрыхлённой,
Преследуй ланей удивлённых.
Ты гонишь прочь
Царя – и Австрии корону,
Охотник-Ночь!
Взметённых вихрем шелест листьев -
Зловещий знак
Ночного шабаша нечистых,
Дурного сна… -
И над поляной в шлейфе мглистом
Взошла луна.
Труби в свой рог, и отзвук зычный
Оленей пусть от замка кличет
Из ближних рощ.
Священник и король – добыча,
Охотник-Ночь!
Взметённых вихрем шелест листьев -
Зловещий знак
Ночного шабаша нечистых,
Дурного сна… -
И над поляной в шлейфе мглистом
Взошла луна.
Ливень, гроза - потоп всё длится.
Без крова мечется лисица,
Cпастись невмочь.
Судье с доносчиком не скрыться,
Охотник-Ночь!
Взметённых вихрем шелест листьев -
Зловещий знак
Ночного шабаша нечистых,
Дурного сна… -
И над поляной в шлейфе мглистом
Взошла луна.
Прыжки бесовские и драка
В овсюге, - смотришь ты без страха
И во всю мочь
Аббата гонишь и монаха,
Охотник-Ночь!
Взметённых вихрем шелест листьев -
Зловещий знак
Ночного шабаша нечистых,
Дурного сна… -
И над поляной в шлейфе мглистом
Взошла луна.
Гони медведей! Лает свора.
Кабан не ускользнёт от взора,
Как ни пророчь!
Преследуй кесаря, как вора,
Охотник-Ночь!
Взметённых вихрем шелест листьев -
Зловещий знак
Ночного шабаша нечистых,
Дурного сна… -
И над поляной в шлейфе мглистом
Взошла луна.
Заметил волк ловцов опасных,
Свернул с тропинки, но напрасно, -
Злодея прочь
Гони из Франции прекрасной,
Охотник-Ночь!
Взметённых вихрем шелест листьев
Утих… и нам
Пляска под хриплый вой нечистых
Уж не страшна.
Небо! Средь облаков пушистых
Заря видна!
Крик петушиный тьму прорежет, -
И мир становится вновь прежним,
Омыл всё дождь.
О Ангел света белоснежный,
Охотник-Ночь!
Взметённых вихрем шелест листьев
Утих… и нам
Пляска под хриплый вой нечистых
Уж не страшна.
Небо! Средь облаков пушистых
Заря видна!
Виктор Гюго «Patria»
Чей смех тихий мне
Слышен в вышине?
Чело благородное
Духа ль, нежной женщины
Мраком увенчано?
Иль то - душа Родины?..
Падём перед ней!
Вся в трауре потерь,
Cтучится в нашу дверь,
И воскресает с ней
Гордость прежних дней.
Лишь взором победит,
Сердца все пробудит,
Деревья расцветут,
И птицы запоют.
Это ангел дня,
Надеждой маня
Сердца тех, кто мыслит,
Любовью влечёт,
Людям свет несёт. -
Францией иль Истиной
Мир его зовёт.
Увидев грозный лик,
Не сдержит низость крик:
Ты в небе чёрном сам
Являешься нам.
Ты мир зовёшь: Вперёд!
Ряды сомкнуть, в поход! -
И восхищённый мир
Тебе вторит, кумир.
Ангел в час ночной
Царям миг роковой
Гибельным созвездием
Возвёл на небосклон
Прежде времён, -
Франции-Возмездия
Носит имя он.
Являются очам
И в мае зимородки, -
Плывите, о народы,
В его лучах!
Рукой, простёртой ввысь,
Нам озарит он жизнь,
След прошлого сотрёт,
Врата запрёт
Мрачной преисподней.
Ангела Господня
Средь лазури гордое
Широкое крыло
Над землёй легло. -
Францией-Свободою
Нарекли его.
Хуан Боскан Альмогавер «Сонет XVII»
О, люди и народы под луною,
любовь кто в новом образе узнает? -
она во мне с восторгом возрастает,
лишь крепнет в меру мук, сносимых мною.
Душа, несчастий тысячу усвоив,
пленилась вкусом их, что мне неведом;
и, зная то, взойдёт нежнейшим цветом
при величайшем холоде иль зное.
Столь ревностно мощу дорогу чувству,
что без причин тьму открываю следствий,
в миры влеком иные безрассудством;
столь постоянен в том труде высоком,
что всех великих тайн любовных бедствий
не знатоком являюсь, а пророком.
Густаво Адольфо Беккер «Рифмы»
«Я - символ страсти! – одна мне скажет. -
Желаньем пылаю, смугла, горяча;
Душа моя наслаждений жаждет…
Меня ль ты ищешь?» - Нет, не тебя!
«Мой бледен лоб; как золото – косы;
Сокровище нежности в сердце моём.
Меня ль зовёшь ты?» – другая спросит. -
Я дам тебе счастье…» - Не быть нам вдвоём!
«Несбыточный сон я, что улетает,
Туманный свет, порожденье мечты,
Бесплотный призрак: коснёшься – растаю,
Любить не могу…» – О, приди лишь ты!
Теофиль Готье «Рождество»
Земля бела под небом тёмным;
Ликуй же, колокольный звон!
Над Крошкою новорождённым
Лик Девы с нежностью склонён…
Здесь бедность, - места нет в помине
Ни пологу, ни кружевам;
Лишь пряди серой паутины
Свисают с балок по углам.
В прохладе лучиков соломы
Малютка Иисус дрожит.
Ослиным паром и воловьим
Окутан, в яслях Он лежит.
Но в крыше под накидкой снега,
Чей так подобен крыльям цвет,
Для пастухов отверзлось небо
И хор поёт о Рождестве!
Ночь кротка, ночь свята (переложение известной немецкой Рождественской песни на стихи Йозефа Мора «Stille Nacht, Heilige Nacht»)
Ночь кротка, ночь свята.
Свет с небес льёт звезда.
Возвещённая тайна ясна:
На соломе уснуло Дитя, –
В Нём любви полнота.
Сам Он к людям спешит,
Сам Себя нам дарит.
В мире, где дух любви позабыт,
Путь земной Его ныне лежит. -
Пусть вовек Он царит!
Богу в вышних хвала!
Сходит мир на поля…
Мать Святую, что в день Рождества
Жизнь Небесному Сыну дала,
Да прославят уста!
Альфред Теннисон «Отплытие»
Вечерний луч, закат
И ясный зов в душе! –
На берегу слеза не затуманит взгляд
У вслед смотрящих мне.
Задремлет словно быстрая волна,
Утихнет пенный шквал,
Бездонная пловца отпустит глубина
В дом, что он покидал...
Звон колокола, свет погас,
А дальше – в темноту! -
Не омрачит, быть может, грусть прощальный час,
Когда на борт взойду.
Что время и пространство! – за предел
Поток несёт меня,
Лишь Кормчего б лицом к лицу узрел
Я, в море выходя.
Ральф Кашмен «Секрет»
Я утром Господа встретил,
В лучшее время дня.
То явленье подобно рассвету, -
Словно слава проникла в меня.
Его близостью день был наполнен,
Он весь день оставался со мной.
Невзирая на ветер и волны,
Окружал нас на море покой.
Много лодок я видел тонувших:
Мели их стерегли, шторм их бил, -
Нам же ветер, вперёд нас ведущий,
Тишину лишь и мир приносил.
И тогда о других рассветах
Мне напомнила совесть моя,
Как рвались швартовы и цепи, –
Я о Нём забывал у руля.
Думаю, я владею секретом,
Что в опасных скитаньях добыл:
Ищи Господа на рассвете,
Если хочешь весь день с Ним пребыть.
Ветер в тиши (перевод песни Демельзы Карн «Medhel an gwyns»* из сериала «Полдарк», 8 серия)
Воспоминанья, как голос ветров, —
Ветер в тиши, ветер в тиши,
Шёпот, что брошен на волны веков, —
Ветер, о, ветер в тиши.
Песнь голосами на зорьках звенит —
Ветер в тиши, ветер в тиши,
Тайны детей нерождённых хранит
Ветер, о, ветер в тиши.
В ветре, как память, рождаются сны, —
Ветер в тиши, ветер в тиши,
Олово, медь, влюблены, рождены, —
Ветер, о, ветер в тиши.
Сны, словно замки, что спят на песке, —
Ветер в тиши, ветер в тиши,
В пальцах скользят иль застыли в руке, —
Ветер, о, ветер в тиши.
Песни, как сны, дочь шахтёра прядёт, —
Ветер в тиши, ветер в тиши;
Олова жалобу в песню вплетёт
Ветер, о, ветер в тиши…
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